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REPORTAGE-Quatre ans après la perte de Marioupol, le régiment Azov prépare sa revanche
information fournie par Reuters 18/06/2026 à 13:16

* Reconstitué et renforcé, le régiment Azov multiplie les attaques de drones dans la région de Marioupol

* Ces attaques s'inscrivent dans le cadre de la campagne menée par Kyiv contre les infrastructures logistiques russes

* Le régiment Azov promet d'intensifier ses opérations et ne perd pas espoir de reprendre un jour Marioupol

par Dan Peleschuk

Quatre ans après la fin du siège de l'usine sidérurgique Azovstal à Marioupol, le régiment Azov qui l'avait chèrement défendue pendant des mois pour ralentir la progression des forces russes dans l'est de l'Ukraine s'est donné pour objectif de faire payer à Moscou le prix de son occupation.

Cette défaite amère de mai 2022 — au cours de laquelle des centaines de ses combattants ont été tués ou capturés — a fait du régiment Azov un symbole de résilience en Ukraine et a pavé la voie à sa reconstitution en tant que force plus structurée et plus puissante.

Aujourd'hui, il porte à nouveau son attention sur la ville d'origine de ses premiers combattants, située au bord de la mer d'Azov.

La semaine dernière, les dronistes du régiment Azov ont mené une attaque d'envergure contre Marioupol, ciblant notamment des infrastructures électriques, des ateliers de réparation et un navire soumis aux sanctions occidentales, plongeant la ville portuaire dans le noir, selon l'armée ukrainienne.

Reuters a pu confirmer la localisation de certaines séquences d'une vidéo de l'attaque diffusée par le régiment Azov.

Cette attaque s'inscrit dans le cadre de la campagne de plus en plus agressive orchestrée par l'armée de Kyiv contre les infrastructures énergétiques et logistiques russes loin de la ligne de front, dans le but d'affaiblir la machine de guerre de Moscou et de faire basculer le conflit en sa faveur.

Le colonel Arsen Dmytryk, commandant du 1er corps du régiment Azov, a déclaré à Reuters que son unité entendait mener des dizaines d'autres opérations de ce type pour mettre en valeur ses compétences et ses capacités technologiques et de planification.

Chasser l'armée russe de Marioupol, située à quelque 120 km derrière une ligne de front quasiment figée depuis deux ans, est une "bataille de longue haleine", reconnaît l'officier âgé de 32 ans.

"S'IL FAUT ATTENDRE 20 ANS"

"S'il faut attendre 20 ans, nous passerons 20 ans à planifier et à nous préparer pour cette bataille", promet le colonel Dmytryk, qui avait été capturé à l'issue du siège de l'usine Azovstal avant d'être plus tard libéré dans le cadre d'un échange de prisonniers. "Mais le moment venu, nous devrons être prêts. Je suis convaincu que nous reprendrons (Marioupol). Ce n'est qu'une question de temps."

L'attaque de la semaine dernière, menée en coordination avec d'autres unités de dronistes ukrainiennes et avec le service de sécurité intérieure du pays (SBU), s'est déroulée à quelques encablures de l'ancienne aciérie, pilonnée pendant trois mois par l'armée russe jusqu'à sa reddition.

Elle a fait suite à des mois de frappes aériennes contre les axes routiers stratégiques dans les zones occupées par la Russie de la région orientale de Donetsk, notamment près de Marioupol, dans le cadre d'une stratégie visant à saper méthodiquement les lignes d'approvisionnement russes vers le front.

Des vidéos diffusées par le régiment Azov montrent le centre de Marioupol et les ruines de l'usine où la garnison ukrainienne a livré sa dernière bataille en 2022. "Azov patrouille déjà dans sa ville d'origine, Marioupol. Depuis les airs — pour l'instant", peut-on lire dans la vidéo.

La ville dans laquelle vivaient 400.000 personnes avant la guerre - beaucoup moins aujourd'hui - est aussi vue comme un symbole par la Russie, qui y a développé de grands projets d'infrastructures pour consolider son emprise sur les territoires ukrainiens occupés - officiellement annexés par Moscou.

En janvier, les services de renseignement ukrainiens ont indiqué qu'un agrandissement du port était en cours, ainsi que des projets immobiliers de luxe destinés à russifier la ville au détriment de ses habitants originels.

Les autorités de la région de Donetsk mises en place par Moscou n'ont pas répondu aux sollicitations de Reuters à ce sujet.

DÉSORGANISER LA LOGISTIQUE RUSSE

Pour l'armée ukrainienne, et pour le régiment Azov en particulier, le port de Marioupol est donc devenu une cible prioritaire pour perturber les flux d'approvisionnement de l'armée russe, a déclaré un officier de l'unité de dronistes du régiment.

Le déplacement constant des camions de ravitaillement sur les routes sillonnant les plaines de l'est de l'Ukraine les rend difficiles à protéger, souligne-t-il. "Il n'y a aucun moyen de cacher un camion-citerne transportant du carburant (...) C'est tout simplement impossible."

Parmi les axes visés régulièrement figurent la M14 reliant Marioupol à la ville russe de Rostov, à l'Est, la H20 menant de Marioupol vers le nord jusqu'à Donetsk, ainsi qu'une rocade autour de Donetsk, ajoute-t-il.

L'armée ukrainienne intensifie également ses frappes contre les infrastructures logistiques le long du "pont terrestre" qui permet de relier la Russie à la Crimée, à travers les parties occupées des régions de Zaporijjia et de Kherson, des attaques qui ont provoqué des pénuries de carburant dans la péninsule.

S'adressant à Reuters la semaine dernière, le commandant en chef des dronistes ukrainiens, Robert Brovdi, s'est engagé à "isoler la Crimée dans un avenir proche" en multipliant les frappes sur l'autoroute stratégique P-280.

Les attaques du régiment Azov sont "cumulatives plutôt que décisives", pointe Franz-Stefan Gady, expert basé à Vienne du Center for a New American Security, car elles obligent l'armée russe à disperser ses véhicules en empruntant des routes plus longues et à recourir davantage à la conduite de nuit.

Sur le moyen terme, cela "réduit le rythme offensif que la Russie peut imposer" sur le champ de bataille et cela a de facto interrompu ces derniers mois sa progression auparavant très lente le long de la ligne de front, l'armée ukrainienne ayant même pu localement reprendre du terrain.

Pour Rob Lee, chercheur au Foreign Policy Research Institute, basé aux États-Unis, cette campagne de frappes derrière la ligne de front pourrait permettre à Kyiv de "tester les conditions" d'une éventuelle contre-offensive.

"C'est l'un des grands enjeux de cette année : comment la Russie va-t-elle réagir face à la campagne de frappes à moyenne portée menée par l'Ukraine ?", souligne-t-il.

STATUT HÉROÏQUE

L'une des principales armes du régiment Azov est le drone Hornet, assisté par intelligence artificielle, produit par l'entreprise américaine Perennial Autonomy.

Ses dronistes l'ont modifié en y installant des terminaux Starlink afin d'étendre sa portée initiale de 100 km, une innovation qui a mis en valeur le savoir-faire technique de l'unité. "Azov est à l'origine d'une grande partie des améliorations apportées au Hornet", insiste Rob Lee.

Avec la multiplication des attaques autour de Marioupol, le régiment Azov oeuvre à la réalisation d'un objectif capital, dit le colonel Dmytryk : accélérer la fin des combats et obtenir la libération de quelque 700 de ses combattants encore détenus dans des prisons russes.

Kyiv a fait d'un échange de prisonniers "tous contre tous" un élément central de tout accord de paix avec Moscou. De fréquents rassemblements "Libérez Azov" ont lieu dans la capitale et dans d'autres grandes villes, reflétant la place quasi héroïque que revêt cette unité au sein de la société ukrainienne.

Le commandant du régiment, Denys Prokopenko, lui-même capturé à Azovstal avant d'être libéré, a déclaré sur le réseau social X le mois dernier que la libération de ses compagnons d'armes était une "priorité personnelle et une question d'honneur".

Le régiment Azov d'aujourd'hui est bien loin du bataillon de volontaires improvisé qui a libéré Marioupol des séparatistes pro-russes en 2014, ou du régiment fragmenté de 2022.

Constitué à l'origine d'ultra-nationalistes, ce qui lui vaut encore d'être présenté par la Russie comme un exemple de son objectif de "dénazification" de l'Ukraine, le régiment a été intégré dans la Garde nationale et constitue désormais l'une des forces les mieux organisées de l'armée ukrainienne, constituée de six brigades, d'un régiment de dronistes et d'une unité de forces spéciales regroupant au total des dizaines de milliers de combattants.

"Quand nous étions en captivité, les Moscovites nous ont dit qu'ils voulaient nous détruire, nous détruire, nous détruire", se souvient le colonel Dmytryk. "Mais d'une manière ou d'une autre, leur entreprise de 'destruction' n'a fait que renforcer Azov."

(Version française Tangi Salaün, édité par Benoit Van Overstraeten)

2 commentaires

  • 15:36

    oui, et il finira surement comme eux ...très mal !


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